Ce Que Simone Sait Que Je Ne Lui Ai Pas Dit

Ce Que Simone Sait Que Je Ne Lui Ai Pas Dit

Simone a choisi son prénom elle-même, d'une façon. Le premier soir où je l'avais ramenée du refuge—une chatte grise tigrée de sept semaines avec des oreilles trop grandes pour sa tête et l'assurance déconcertante de quelqu'un qui sait exactement où elle va même quand elle ne l'a jamais vu—elle avait traversé l'appartement en ligne droite, inspecté chaque pièce avec la méthode d'un officier de gendarmerie, et s'était installée sur mon exemplaire de Mémoires d'une jeune fille rangée comme si elle avait décidé que ce livre était le sien et que je pouvais en commander un autre. J'avais dit Simone à voix haute pour voir. Elle avait tourné la tête. Affaire conclue.

C'était il y a onze ans.

Onze ans pendant lesquels j'ai appris un vocabulaire que personne n'enseigne dans les écoles ni dans les livres sur les chats—ces guides pratiques avec leurs listes et leurs conseils bienveillants qui parlent de la santé féline comme si c'était une science exacte que la tendresse suffit à maîtriser. Ce que j'ai appris est plus difficile à nommer. C'est la façon dont Simone boit son eau—la tête légèrement inclinée, trois coups de langue précis, pause, trois autres—et comment ce rythme changeait avant chaque épisode de cystite, une semaine avant les symptômes déclarés, comme si son corps m'envoyait un signal dans un code que j'ai mis deux ans à déchiffrer. C'est la texture de sa fourrure sur l'omoplate droite où elle ne se groom plus depuis les arthrites ont commencé—pas de façon dramatique, juste un léger emmêlement que mes doigts trouvent maintenant automatiquement pendant que je regarde ailleurs, comme on vérifie une vieille cicatrice.

Les Français ont une relation avec leurs chats qui est différente de celle qu'on entretient avec les autres animaux domestiques. Le chien veut votre approbation—il organise sa vie entière autour du besoin d'être vu comme bon par vous. Le chat n'a pas besoin de votre approbation; il décide si vous méritez la sienne. Cette asymétrie fondamentale crée une relation particulière—vous devez vous montrer digne d'une présence qui aurait tout aussi bien pu s'en passer de vous. Il y a une fierté étrange dans le fait d'être choisi par quelqu'un qui avait le choix.

Soixante pour cent des propriétaires de chats en France déclarent que leur animal leur apporte un soutien émotionnel pendant les périodes difficiles. Je fais partie de ce pourcentage. Je n'en suis pas fière de la façon dont on est fier d'une réussite—je le dis comme un fait, comme on dit je suis myope ou je dors mal en été. Pendant les deux années après la séparation avec Mathieu, Simone dormait sur ma poitrine avec un poids qui ressemblait à une main posée là. Elle ne comprenait pas ce qui s'était passé—les chats ne comprennent pas les divorces, ils comprennent les présences et les absences et les changements dans l'odeur de la pièce—mais elle avait ajusté son comportement avec la précision d'un thérapeute qui n'a pas fait d'études.

Le brossage du matin était devenu notre rituel. Pas pour sa fourrure—Simone est à poils courts et se groom elle-même avec l'efficacité des espèces qui ont évolué sans avoir besoin de nous—mais pour ce que le brossage permettait: le passage des mains sur le corps, la vérification systématique et tendre de chaque centimètre, la façon dont elle se détend progressivement depuis les épaules jusqu'à la queue quand elle comprend que ce contact est sans agenda. Je palpais les ganglions lymphatiques sans savoir que c'est ce que je faisais. Je sentais si quelque chose avait changé dans la fermeté de son ventre. Je vérifiais ses gencives à la lumière de la fenêtre—cette couleur rose qui signifie le sang qui circule et l'absence de problème.

Le vétérinaire me demandait parfois comment je savais certaines choses. Que Simone avait un peu chaud depuis trois jours. Que quelque chose dans sa démarche avait changé—pas de façon mesurable, pas de boiterie documentable, juste une légère modification dans la façon dont elle posait la patte gauche arrière qui ressemblait à une hésitation. Le Dr. Charpentier—un homme d'une cinquantaine d'années qui parlait aux chats de ses clients comme à des personnes adultes capables de comprendre ce qui leur arrivait—avait dit une fois: vous connaissez cette chatte mieux qu'elle ne se connaît elle-même.

Je ne savais pas si c'était un compliment ou une observation clinique légèrement inquiète.

Il y a un risque dans l'attention très fine qu'on porte aux animaux qu'on aime—un risque de substitution, dit la psychologie, où la relation féline devient une protection contre les déceptions humaines. Douze pour cent des cas étudiés, selon une recherche récente. Je me demandais parfois si je faisais partie de ces douze pour cent ou si j'étais simplement quelqu'un qui avait appris à lire les signaux d'un corps qui ne peut pas mentir parce qu'il n'a pas le langage pour le faire.

Les chats ne peuvent pas refouler une émotion. Quand ils ressentent quelque chose, ils l'expriment—directement, sans médiation sociale, sans la couche de politesse et de stratégie qui rend les émotions humaines si difficiles à lire. Cette transparence brutale était peut-être ce que j'aimais le plus chez Simone. Quand elle était heureuse, elle ronronnait avec un bruit de machine à laver en petite vitesse. Quand elle était mal à l'aise, elle quittait la pièce. Quand elle voulait de l'affection, elle venait. Quand elle n'en voulait pas, elle ne venait pas. Pas de culpabilité. Pas de performance. Juste l'état exact dans lequel elle se trouvait, communiqué avec la précision d'un instrument de mesure parfaitement calibré.

À neuf ans, le Dr. Charpentier avait commencé à surveiller sa tension artérielle. L'hypertension chez le chat âgé—cette façon silencieuse dont les reins commencent à donner moins, dont le cœur compense, dont les vaisseaux sanguins de la rétine peuvent lâcher sans prévenir et laisser un chat aveugle en une nuit. Nous avions ajouté la prise de tension aux visites semestrielles. Simone détestait le brassard avec la dignité blessée de quelqu'un qui n'a jamais accepté que la médecine lui soit appliquée sans son consentement explicite.

À dix ans, ses reins avaient commencé à montrer les premiers signes. Pas une catastrophe—une évolution, une tendance, quelque chose qui se verrait dans les chiffres avant de se voir dans le comportement. Nous avions changé son alimentation—des croquettes rénales qu'elle avait regardées avec le scepticisme d'une gastronome confrontée à une cuisine de sanatorium. Elle les avait mangées quand même, parce que la faim gagne toujours sur l'opinion, et parce que les chats sont des pragmatistes qui font des compromis avec la réalité plus facilement qu'on ne le croit.

J'avais appris à hydrater sa nourriture sèche avec un peu d'eau tiède. J'avais multiplié les sources d'eau dans l'appartement—un bol large près de la fenêtre de la cuisine, un autre près du radiateur où elle dormait l'hiver, une fontaine à eau courante que j'avais achetée parce que les chats boivent plus volontiers l'eau en mouvement, une adaptation évolutive aux cours d'eau qui coulent et aux mares stagnantes qui peuvent contenir des agents pathogènes. Je faisais couler légèrement le robinet de la salle de bain certains soirs, parce que Simone avait développé la conviction que cette eau-là était différente des autres—plus froide, plus vive, plus correcte—et je n'avais aucune raison sérieuse de la contredire.

À onze ans, maintenant, elle dort plus. Elle saute moins haut—elle calcule le saut depuis le sol jusqu'au lit avec une attention nouvelle, une évaluation de l'effort que je ne lui avais pas connue avant. Je lui ai installé un marchepied, une petite caisse en bois que j'ai couverte d'un tissu éponge pour qu'elle ne glisse pas. Elle l'utilise avec la condescendance d'une personne qui accepte une aide dont elle n'aurait jamais eu besoin autrefois mais dont elle reconnaît pragmatiquement l'utilité maintenant.

Je suis allée sur des forums français de propriétaires de chats âgés—ces espaces qui existent pour les gens qui ont besoin de parler à d'autres personnes qui comprennent pourquoi on se réveille à trois heures du matin pour vérifier que son chat respire. J'y avais posé des questions sur les signes de douleur chez le chat parce que les chats cachent la douleur—instinct de prédateur qui refuse de montrer la vulnérabilité, héritage évolutif d'un million d'années qui dit ne montre pas ta faiblesse. La douleur chez le chat se lit dans les détails: une légère modification de la posture, des pauses avant les mouvements qui avant étaient automatiques, une diminution de la fréquence du grooming, la façon dont elle mange légèrement différemment.

Je lis ces signes comme je lisais autrefois les sous-textes dans les conversations humaines—en cherchant ce qui n'est pas dit dans ce qui est montré.

Le Dr. Charpentier avait mentionné l'euthanasie pour la première fois il y a six mois, pas comme une recommandation immédiate mais comme un horizon qu'il était responsable de mettre dans le champ de vision. Vous saurez, avait-il dit. Vous la connaissez suffisamment. Il y a un moment où l'animal vous le dit, si vous savez comment écouter.

J'avais conduit jusqu'à chez moi après ce rendez-vous sans musique. En montant les escaliers, j'avais entendu Simone de l'autre côté de la porte—ce miaulement particulier qu'elle réserve aux retours, pas urgent, pas plaintif, juste informatif: tu es revenue, j'enregistre. J'avais ouvert la porte et elle était là, assise à la distance exacte de la porte qui représente sa définition de l'accueil—assez proche pour signifier l'intérêt, assez loin pour signifier l'indépendance.

Je m'étais assise par terre avec elle. Ce n'est pas quelque chose que je m'explique—s'asseoir par terre avec son chat à quarante-deux ans après un rendez-vous vétérinaire qui a mis un horizon dans le champ de vision. Elle était venue, à sa façon: pas sur mes genoux, pas contre moi, mais à vingt centimètres, assez proche pour que nos chaleurs se mélangent légèrement, tournée vers la fenêtre comme si nous regardions la même chose sans en avoir besoin de nous le dire.

Elle ronronnait.

Ce bruit de machine à laver en petite vitesse, ce son qui vibre à une fréquence qui a des effets documentés sur la densité osseuse et la réduction du stress, ce son que Simone fait depuis onze ans dans ce même appartement et qui a traversé avec moi des séparations et des deuils et des nuits sans sommeil et des matins difficiles.

Les chats ronronnent quand ils sont contents, oui. Mais aussi quand ils sont malades. Quand ils ont peur. Quand ils souffrent. Le ronronnement est leur façon de se réguler—de produire quelque chose qui ressemble à du calme jusqu'à ce que le calme daigne arriver.

Je ne savais pas lequel c'était ce soir-là.

Je ne savais pas si elle me consolait ou si elle cherchait à être consolée, et peut-être que cette distinction—cette frontière entre donner et recevoir du réconfort—est moins claire et moins importante que je ne l'avais cru pendant onze ans.


Les chats entretiennent des relations affectives étroites avec les êtres humains, dit la recherche. Mais on sait peu de choses à ce sujet.

Peut-être que c'est bien ainsi.

Peut-être que certaines relations sont meilleures quand elles ne sont pas entièrement comprises—quand elles restent dans cet espace entre deux présences qui ont appris à se lire sans avoir jamais vraiment eu besoin de se parler.

Simone s'est levée, s'est étirée avec la précision architecturale des félins, et est allée boire trois coups de langue dans son bol près de la fenêtre.

Rythme habituel. Pause normale.

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